Saint-Malo : ammoniac et particules fines, la ville placée en zone à risques pour la qualité de l’air

À Saint-Malo, des pics d’ammoniac à répétition et des niveaux de particules fines plus élevés que dans les autres villes bretonnes conduisent l’État à créer une zone à risques pour la qualité de l’air au 1er janvier 2027, selon une enquête de franceinfo publiée le 14 octobre.

En bref
  • Depuis mi-septembre 2026, Air Breizh relève des pics d’ammoniac jusqu’à dix fois la moyenne.
  • Entre 2021 et 2025, les PM10 à Saint-Malo ont dépassé de 20 à 30 % les niveaux de Rennes, Brest et Saint-Brieuc.
  • Un arrêté ministériel crée une zone à risques à partir du 1er janvier 2027, avec une deuxième station de mesure.
  • L’industriel mis en cause conteste tout lien entre ses activités et les pics.

Que se passe-t-il dans l’air de Saint-Malo ? #

D’après l’enquête de franceinfo, plusieurs pics d’ammoniac ont été enregistrés depuis la mi-septembre 2026, avec des concentrations allant jusqu’à dix fois la moyenne. Ils surviennent souvent en pleine nuit. Un épisode comparable avait déjà été observé en mars.

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Le contraste avec la station de référence de Merléac, dans les Côtes-d’Armor, est net : là-bas, les niveaux restent stables. Le phénomène est donc local. Dans un rapport de juin 2026, l’observatoire régional Air Breizh parle de « sources locales spécifiques », sans les nommer.

Pourquoi l’ammoniac concerne aussi les poussières ? #

L’ammoniac est un gaz, mais il ne reste pas seul dans l’atmosphère. En se combinant avec d’autres polluants, il participe à la formation de particules fines PM2.5, dites secondaires. Ce sont des poussières invisibles, assez petites pour pénétrer profondément dans les poumons.

C’est ce lien qui rend le dossier malouin intéressant pour l’industrie. Une installation peut respecter ses limites de poussières à la cheminée et contribuer malgré tout à la charge en particules de l’air ambiant, par ses émissions gazeuses ou diffuses. Les rejets diffus, qui ne passent pas par un point de mesure canalisé, sont les plus difficiles à quantifier.

Des niveaux de particules au-dessus des autres villes bretonnes #

Le rapport d’Air Breizh cité par franceinfo compare Saint-Malo aux autres grandes villes de la région. Entre 2021 et 2025, la moyenne annuelle des PM10 y a été supérieure de 20 à 30 % à celle de Rennes, Brest et Saint-Brieuc.

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En 2021, cette moyenne atteignait 21 µg/m³. C’est au-dessus de la ligne directrice de l’Organisation mondiale de la santé, fixée à 15 µg/m³ en moyenne annuelle. Selon l’Observatoire régional de la santé, également cité, 38 décès auraient pu être évités à Saint-Malo entre juillet 2020 et juillet 2022 si les PM2.5 avaient respecté le seuil de l’OMS.

Qui est mis en cause ? #

Le rapport d’Air Breizh de mai 2026 note que les pics apparaissent quand le vent vient de la zone industrielle et du port. Il évoque l’usine de Timac Agro, filiale du groupe Roullier qui fabrique des engrais azotés et phosphatés, mais seulement comme une « potentialité », non confirmée par des corrélations systématiques.

Le passif est ancien. Un arrêté préfectoral de 2018 relevait des concentrations et flux d’ammoniac « parfois très élevés », très supérieurs aux limites réglementaires. En 2024, le tribunal judiciaire de Brest a condamné l’entreprise à verser 25 000 euros à trois associations pour des dépassements entre 2018 et 2021. Timac Agro a fait appel. L’entreprise affirme que ses mesures sont conformes et que les pics récents sont « décorrélés » de ses activités.

Ce que change la zone à risques de 2027 #

Un arrêté du ministère de la Transition écologique classe Saint-Malo en zone à risques à partir du 1er janvier 2027, en raison des concentrations de particules fines. Concrètement, la ville passe sous surveillance renforcée.

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Une deuxième station de mesure doit être installée. Aujourd’hui, la seule station d’Air Breizh se trouve dans le cimetière de Rocabey, et plusieurs acteurs locaux la jugent insuffisante pour suivre des épisodes nocturnes et localisés. Une commission sur la qualité de l’air doit aussi être lancée. L’association de riverains Osons réclame, elle, un contrôle indépendant des émissions.

Quelles leçons pour les sites industriels ? #

Ce dossier rappelle que la surveillance de l’air ne s’arrête pas à la clôture de l’usine. Quand une zone est placée sous surveillance renforcée, les exploitants voisins peuvent s’attendre à davantage de questions sur leurs émissions diffuses, leurs stockages et leurs opérations de nuit.

Pour un responsable HSE, plusieurs réflexes en découlent : documenter ses rejets canalisés et diffus, croiser ses propres mesures avec les données publiques de l’observatoire régional, et tenir un registre des opérations sensibles par direction de vent. Disposer de ses données horodatées est le meilleur moyen de répondre quand un pic est constaté.

Questions fréquentes #

Quand la zone à risques de Saint-Malo entre-t-elle en vigueur ?

Le 1er janvier 2027, selon l’arrêté ministériel cité par franceinfo.

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Quel est le lien entre ammoniac et particules fines ?

L’ammoniac réagit avec d’autres polluants de l’air et forme des particules fines secondaires, de type PM2.5.

L’origine des pics est-elle établie ?

Non. Air Breizh évoque des sources locales et une piste industrielle, sans corrélation systématique confirmée ; l’industriel conteste.

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