Poussières de bois : deuxième cause de cancers professionnels, une reconnaissance toujours rare

Les poussières de bois restent la deuxième cause de cancers professionnels en France, juste après l’amiante. Le rappel figure dans une analyse publiée le 6 novembre par le Journal du Net, qui revient sur une note d’orientation du CNRS dénonçant une « sous-reconnaissance massive » des cancers liés au travail. Pour les ateliers de menuiserie, les scieries ou l’industrie de l’ameublement, le sujet n’a rien d’abstrait.

Un écart béant entre exposition et reconnaissance #

Selon les chiffres repris par le JDN, seuls 0,4 % des cancers sont reconnus comme maladies professionnelles en France. Pourtant, 11 % des salariés, soit 2,7 millions de personnes, sont exposés à au moins un produit cancérogène au travail.

Le décalage se lit aussi en nombre de cas. La France a recensé 433 136 nouveaux cancers en 2023. La part d’origine professionnelle est estimée entre 4 et 8 %, soit 17 000 à 34 000 cas par an. Or moins de 1 800 cancers sont reconnus chaque année comme maladie professionnelle.

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Les chercheurs des groupements Giscop, qui reconstituent les parcours professionnels de patients atteints de cancer, vont dans le même sens : près de 90 % des malades qu’ils suivent avaient été exposés à au moins un cancérogène dans leur activité, et la moitié à au moins deux.

Les poussières de bois parmi les expositions les plus fréquentes #

D’après l’enquête nationale de la DGT et de la Dares citée par le JDN, les poussières de bois concernent 1,8 % des salariés. Elles figurent parmi les agents cancérogènes les plus répandus, avec les gaz d’échappement diesel (4 %), les fumées de soudage (2,1 %) et les huiles minérales (2 %). La silice cristalline, très présente dans le bâtiment, fait aussi partie des expositions les plus courantes.

Le profil des salariés exposés est marqué. Les ouvriers représentent plus des deux tiers des personnes concernées, alors qu’ils ne pèsent que 29 % de l’emploi salarié. Neuf salariés exposés sur dix sont des hommes.

Pourquoi ces poussières sont si difficiles à maîtriser

Sciage, ponçage, fraisage, défonçage : la plupart des opérations du travail du bois génèrent des particules fines, dont une part reste en suspension dans l’air de l’atelier. Le risque ne se limite pas à la machine en fonctionnement. Le nettoyage à la soufflette ou au balai remet en suspension les dépôts accumulés sur les sols, les poutres et les capotages.

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C’est ce qui rend le captage à la source si déterminant. Une aspiration bien dimensionnée au plus près de l’outil limite la dispersion, là où une ventilation générale de l’atelier ne fait souvent que diluer le problème.

Ce que la réglementation impose aux employeurs #

Le cadre est clair. Comme le rappelle l’INRS, la prévention des agents cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction relève des articles R. 4412-59 à R. 4412-93 du Code du travail. Quand un agent CMR est repéré, sa suppression ou sa substitution s’impose chaque fois qu’elle est techniquement possible, et les démarches doivent être consignées dans le document unique.

Si la substitution n’est pas réalisable, la production et l’utilisation doivent se faire en système clos (article R. 4412-68). À défaut, les mesures mises en place doivent réduire l’exposition au niveau le plus bas techniquement possible. Pour les poussières de bois, que l’on ne peut évidemment pas substituer dans une menuiserie, cela passe par le capotage des machines, l’aspiration et le nettoyage par aspiration plutôt que par soufflage.

Une sous-reconnaissance qui freine la prévention #

La note du CNRS souligne un effet souvent oublié de la sous-reconnaissance : elle ne pénalise pas seulement l’indemnisation des victimes, elle affaiblit aussi la prévention. Un risque peu visible dans les statistiques de maladies professionnelles pèse moins dans les priorités des entreprises et des pouvoirs publics.

Les cancers liés aux poussières de bois surviennent souvent des années après l’exposition, parfois après la fin de carrière, ce qui complique le lien avec l’activité passée. Garder la trace des postes occupés et des expositions, via le document unique et le suivi médical, reste l’un des moyens les plus concrets de faciliter une éventuelle reconnaissance.

Pour les industriels du bois, le message est double : investir dans le captage et l’aspiration protège les salariés aujourd’hui, et documenter les expositions protège leurs droits demain.

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