Le service statistique du ministère de la Transition écologique (SDES) a publié fin octobre son état du parc automobile au 1er janvier 2026 dans les zones à faibles émissions. Le constat est double : le renouvellement des voitures avance, mais une part non négligeable du parc reste classée dans les vignettes Crit’Air les plus émettrices de particules fines, et l’équipement en vignettes varie du simple au double selon les territoires.
Plan de l'article
Ce que mesure la publication du SDES #
Le classement Crit’Air repose sur les émissions de chaque véhicule en particules fines et en oxydes d’azote. Il compte six catégories, des véhicules électriques (Crit’Air E) jusqu’au Crit’Air 5, auxquelles s’ajoutent les véhicules trop anciens pour être classés, immatriculés avant 1997.
La publication du SDES couvre les 25 intercommunalités qui ont mis en place une ZFE au 1er janvier 2026, d’Aix-Marseille à Toulouse en passant par Lille, Lyon, Paris, Rouen ou Strasbourg. Elle les compare aux 18 autres agglomérations de plus de 150 000 habitants qui n’en ont pas instauré.
Huit voitures sur dix en Crit’Air E, 1 ou 2 #
Les résidents des 25 territoires ZFE détiennent 9,5 millions de voitures particulières. Parmi elles, 80,5 % relèvent des vignettes Crit’Air E, 1 ou 2, soit les véhicules les moins émetteurs.
À l’autre bout de l’échelle, les voitures Crit’Air 5 et les non classées pèsent 1,9 % du parc. Avec les Crit’Air 4, la part monte à 5,1 %. En ajoutant les Crit’Air 3, c’est-à-dire en gros les diesels immatriculés avant 2011 et les voitures essence d’avant 2006, on atteint 19,5 %. Les Crit’Air 3 représentent à eux seuls 14,3 % des voitures de ces territoires.
Certaines métropoles sont un peu plus avancées : 82,1 % de voitures en Crit’Air E, 1 ou 2 dans la métropole du Grand Paris, 82,6 % dans celle de Lyon, 82,8 % à Annemasse et 84,7 % dans le Grand Annecy. Dans les agglomérations sans ZFE, la proportion est de 76,6 %, à peine au-dessus de la moyenne nationale de 75,7 %.
La vignette, un équipement très inégal #
Avoir droit à une vignette ne veut pas dire l’avoir collée sur son pare-brise. Le SDES mesure donc aussi le taux d’équipement, c’est-à-dire la part des véhicules pour lesquels une vignette a été commandée.
Dans les territoires ZFE, il atteint 65,3 %, contre 47,1 % au niveau national, un chiffre en hausse de 4,7 points sur un an. Les écarts restent forts. L’Eurométropole de Strasbourg (79,0 %), la métropole de Rouen (78,9 %) et la communauté urbaine de Reims (78 %) approchent les 80 %. À l’inverse, plusieurs territoires pourtant dotés d’une ZFE restent sous la moyenne nationale : Nice (38,6 %), Dijon (35,6 %), Aix-Marseille (45,2 %) et Nîmes (46,0 %).
Pourquoi c’est un indicateur de terrain
Le taux d’équipement dit quelque chose de la pression réelle exercée par une ZFE. Là où les contrôles et les restrictions sont visibles, les automobilistes commandent leur vignette. Là où la zone existe surtout sur le papier, beaucoup ne prennent pas la peine de le faire.
Le lien avec les épisodes de particules fines #
La vignette ne sert pas qu’en ZFE. Le SDES rappelle qu’elle est aussi exigée lorsque le préfet instaure la circulation différenciée pendant un épisode de pollution. C’est à ce moment-là que les Crit’Air 3, 4 et 5 peuvent se retrouver interdits de circulation sur un bassin d’air donné.
Le calendrier rend le sujet concret. Selon Selectra, qui cite les prévisions de Météo-France, un temps sec et anticyclonique est attendu du 30 octobre au 8 novembre. C’est justement dans cet air calme que les particules du chauffage au bois et du trafic s’accumulent près du sol. Aucun épisode n’était annoncé au 29 octobre, mais les conditions qui les favorisent sont réunies.
Ce que prévoit le cadre réglementaire
Le code de l’environnement oblige les agglomérations de plus de 150 000 habitants à créer une ZFE, sauf si elles respectent les valeurs de qualité de l’air recommandées par l’OMS ou démontrent que d’autres mesures suffisent. Celles qui dépassent régulièrement les seuils réglementaires doivent restreindre, au moins certains jours ou à certaines heures, la circulation des voitures Crit’Air 3 et plus. Les autres doivent a minima viser les véhicules non classés.
Chaque collectivité fixe ensuite ses propres dérogations : autorisations permanentes pour les titulaires d’une carte mobilité inclusion, dérogations temporaires pour certains professionnels ou travailleurs en horaires décalés, ou pass ZFE valable un nombre limité de jours par an.
Ce que les entreprises doivent en retenir #
Pour les industriels et les artisans, ces chiffres concernent directement les flottes de véhicules utilitaires légers, que le SDES inclut dans ses jeux de données détaillés. Un utilitaire diesel ancien reste un Crit’Air 3 ou 4 toute sa vie, sauf rétrofit éligible à un surclassement.
Vérifier la vignette de chaque véhicule, recenser ceux qui seraient bloqués lors d’une circulation différenciée et connaître les dérogations prévues par sa métropole sont des réflexes utiles avant l’hiver. Les données complètes, commune par commune et par type de véhicule, sont consultables sur l’application Dido du SDES.
Au-delà des pots d’échappement, la publication rappelle une évidence que les épisodes hivernaux confirment chaque année : les particules fines viennent de plusieurs sources à la fois, le trafic, le chauffage au bois et l’activité industrielle. Réduire l’une sans surveiller les autres ne suffit pas à faire baisser les concentrations.


